Giovanni Pontano (1429-1503) : pour Hermione, afin qu’elle couvre sa poitrine / ad Hermionem ut papillas contegat

Que ce soit clair : couvre-moi ces seins blancs,
Cesse de faire enrager tes amants.
Moi, qu’une froide vieillesse engourdit,
Tu m’excites, m’enflammes, diablerie !
Que ce soit clair : couvre-moi ces seins blancs,
Cache ton buste en te le corsetant.
Arbore-t-on une gorge de lait,
Des seins, sans vêtement pour les voiler ?
Que veux-tu dire ? « Embrasse-moi les seins,
Bécote-moi ce buste bel et plein ! » ?
Que veux-tu dire ? « Touche, touche, presse ! » ?
Où as-tu vu que seins nus l’on paraisse,
Et que le buste nu l’on se promène ?
Ça veut dire : « Tu veux, tu veux ? j’amène »,
C’est appeler à l’amour tes amants.
Aussi : soit tu me caches ces seins blancs,
Et me corsètes décemment ce buste,
Soit, dessus, vieux ou pas, je leur fonds, juste
À la façon qu’agirait un jeune homme.
– Hermione, tes seins peuvent, en somme,
Faire œuvrer en jeune homme… un vieux croûton !


Praedico, tege candidas papillas
nec quaeras rabiem ciere amantum.
Me, quem frigida congelat senecta,
irritas male calfacisque: quare,
praedico, tege candidas papillas
et pectus strophio tegente vela.
Nam quid lacteolos sinus et ipsas
prae te fers sine linteo papillas?
An vis dicere: « Basia papillas
et pectus nitidum suaviare? »
Vis num dicere: « Tange, tange, tracta? »
Tene incedere nudulis papillis?
Nudo pectore tene deambulare?
Hoc est dicere: « Posce, posce, trado »,
hoc est ad venerem vocare amantes.
Quare, aut contege candidas papillas
et pectus strophio decente vesti,
aut, senex licet, involabo in illas,
ut possim juvenis tibi videri.
Tithonum, Hermione, tuae papillae
possunt ad juvenis vocare munus.

(in Hendecasyllabi seu Baiarum libri [1490-1500], I, 4)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


D'autres textes de Pontano sur ce blog :

Martial / Marcus Valerius Martialis (40 – 104 [?]) : Épigrammes 1

L’abeille dans l’ambre

Claire et close au secret de cette goutte d’ambre,
L’abeille semble incluse en son propre nectar.
Sa récompense est à hauteur de sa besogne,
Et l’on croirait qu’elle a voulu mourir ainsi.


 La chasteté de Thaïs

Personne du peuple et dans toute la ville
Ne se targuerait d’avoir baisé Thaïs
(Maint pourtant la désire et l’en requiert).
– Thaïs est si chaste ? – Non pas, elle suce.


 Le zizi de Papile

Si long est ton zizi, Papile, et long ton nez
Qu’à chaque bandaison tu peux te le flairer.


 Les maris de Galla

Tu épousas, Galla, de six à sept tarlouzes
Dont te plaisaient cheveux et barbe bien peignés ;
Puis éprouvant leurs reins et leur pine pareille
Au cuir mouillé (ta main lassée de la raidir),
Tu désertas l’hymen eunuque et maris mous.
Tu retombes pourtant dans ces mêmes amours…
Cherche qui n’ait au bec que mâles d’anciens temps,
Un hirsute, un farouche, un plouc, un dur à cuire :
On trouve ; mais la horde a aussi ses tarlouzes :
Difficile, Galla, d’épouser un vrai mec…


Et latet et lucet Phaethontide condita gutta,
Ut videatur apis nectare clusa suo.
Dignum tantorum pretium tulit illa laborum:
Credibile est ipsam sic voluisse mori.


Non est in populo nec urbe tota
a se Thaida qui probet fututam,
cum multi cupiant rogentque multi.
Tam casta est, rogo, Thais? Immo fellat.


Mentula tam magna est, tantus tibi, Papile, nasus
Ut possis, quoties arrigis, olfacere.


Jam sex aut septem nupsisti, Galla, cinaedis,
dum coma te nimium pexaque barba iuvat;
deinde experta latus mandidoque simillima loro
inguina nec lassa stare coacta manu,
deseris imbelles thalamos mollemque maritum,
rursus et in similes decidis usque toros.
Quaere aliquem Curios semper Fabiosque loquentem,
hirsutum et dura rusticitate trucem:
invenies; sed habet tristis quoque turba cinaedos:
difficile est vero nubere, Galla, viro.

(in Epigrammatum libri IV [32 ; 85), VI [36], VII [58])


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


D'autres épigrammes 
de Martial sur ce blog :

Porcius Licinus (vers – 100 av. J.-C. ?) : l’amour incendiaire

Vous qui gardez moutons, agneaux (leurs doux petits !)
Vous demandez du feu ? – Du feu ? Venez, j’en suis !
J’incendie les forêts si j’y touche du doigt,
J’enflamme les troupeaux, et tout ce que je vois…


Custodes ovium tenerae propaginis, agnum,
quaeritis ignem? ite huc. Quaeritis? ignis homo est.
Si digito attigero, incendam silvam simul omnem,
omne pecus flamma est omnia qua video.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


D'autres épigrammes de la même époque 
et sur le même thème sur ce blog :
Valerius Aedituus (fin IIe siècle  – début Ier siècle av. J. C.)
Sulpicia (1er siècle avant JC) :

Girolamo Angeriano / Hieronymus Angerianus (1470-1535) : extraits de l’Erotopaegnion (2)

Angeriano 1 jpegL’Erotopaegnion est un recueil (publié pour la première fois en 1512) composé de quelque 200 épigrammes largement inspirées des auteurs de l’Antiquité grecque et latine. Angeriano y relate les relations (pour le moins compliquées) de la très belle et très cruelle Célie (Celia) et d’un narrateur consumé par une passion hélas mal partagée.  Les topoi s’enchaînent et s’enchevêtrent sous les modalités d’un baroque poussé jusqu’aux extrêmes, reflet de son époque, et qui fonde, dans son exaspération, l’originalité de l’ensemble.


Apostrophe à la rose

Rose, tu dures peu de temps
Et peu de temps ta beauté dure :
Pour toi donc vont s’équivalant
Durée de vie, et beauté pure.

Pulchra brevi duras, rosa, tempore forma brevique
Tempore, sic formæ par, rosa, tempus habes.


Vénus sans feu

Voyant sans feu Vénus, « Rallume à mon corps, dis-je,
Ton feu ! » Elle : « De feu, ton cœur n’a que vestige ;
Que si je veux du feu, les deux yeux de Célie
Sont où je m’en procure – et les dieux j’incendie. »

 Cum Venerem aspicerem sine flammis, « accipe, » dixi,
« De nostro flammam corpore. » at illa mihi,
« Sunt versa in cinerem tua pectora. si volo flammam,
Dat flammam ex oculis Caelia, et uro deos. »


Distique à Célie

Tu me soustrais tes yeux, craignant ma mort : erreur,
Par eux je vis. Si tuent tes yeux ? – qu’ainsi je meure.

Ne peream, avertis tua limina. falleris, illis
Vivo magis. perimunt lumina? sic peream.


Rends-moi le souffle qui me fait vivre !

Je vivais, je me meurs : le souffle qui jadis
Me régissait le corps a fait demeure ailleurs.
Rends-le-moi, si tu veux que je vive sur terre,
Ou à sa place, accorde-moi ton âme : ainsi
Tu me rendras à moi, et toi à toi, Célie,
Dans un pareil amour nous serons tous deux joints.
Inflexible et sans joie, tu nous es double perte,
Pour moi qui aime trop, pour toi qui n’aimes point ;
À l’aune de l’amour plus haut que n’est la haine
Tu accomplis ton crime en achevant qui t’aime.

Vivebam, nunc dispereo; qui spiritus artus
Rexerat hos, sedes incolit ille alias.
Si vis in terris ut vivam, redde mihi illum;
Aut, si non illum, redde tuam, oro, animam.
Sic mihi me reddes, sic te tibi, Caelia, reddes;
Ambo sic parili iuncti in amore erimus.
At si dura manes, nec gaudes, perdis utrumque,
Me, quia amo nimium, te, quia amas nihilum;
Et, quanto est odiis amor excellentior, ipsa
Tanto interfecto crimen amante facis.


(in Erotopaegnion [1512 ])


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


D'autres épigrammes d'Angeriano 
tirées de l'Erotopaegnion sur ce blog :

Hermann Hesse (1877 – 1962) : Jours de pluie / Regentage

Le coup d’œil craintif à tous azimuts
Se heurte à des murs gris,
Et « soleil » n’est encore qu’un mot vide.
Détrempés et nus, les arbres ont froid,
Les femmes vont, paquetées de manteaux,
Et la pluie sans fin crépite et crépite.

Lorsque j’étais encore enfant, jadis,
Le ciel sans relâche était clair et bleu
Et tout nuage frangé d’or.
Maintenant que j’avance en âge,
Toute brillance est accomplie,
La pluie crépite, le monde a changé.


Der scheue Blick an allen Enden
Stößt sich an grauen Wänden,
Und « Sonne » ist nur noch ein leeres Wort.
Die Bäume stehn und frieren naß und nackt,
Die Frauen gehn in Mäntel eingepackt,
Und Regen rauscht unendlich fort und fort.

Einst als ich noch ein Knabe war,
Da stand der Himmel immer blau und klar
Und alle Wolken waren goldgerändert;
Nun seit ich älter bin,
Ist aller Glanz dahin,
Der Regen rauscht, die Welt hat sich verändert.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres poèmes de Hermann Hesse sur ce blog :

Hermann Hesse (1877-1962) : Amour / Liebe

Ma bouche de nouveau veut, allègre, trouver
Tes lèvres – tes baisers me comblent de bonheur –,
Je veux prendre en ma main tes doigts qui me sont chers
Et en amusement dans mes doigts les plier,
Emplir de ton regard mon regard assoiffé,
Couler profondément ma tête en tes cheveux,
User de membres vifs et toujours en éveil
Pour répondre fidèle au branle de tes membres,
Et consumé de feux toujours nouveaux d’amour
Je veux régénérer mille fois ta beauté,
Jusqu’à ce qu’apaisés, reconnaissants, tous deux
Nous vivions bienheureux dominant la douleur,
Et saluions, contents, comme des sœurs aimées,
Et le jour et la nuit, l’aujourd’hui et l’hier,
– Que nous évoluions au-delà de tout acte
Comme transfigurés et pleinement en paix.


Wieder will mein froher Mund begegnen
Deinen Lippen, die mich küssend segnen,
Deine lieben Finger will ich halten
Und in meine Finger spielend falten,
Meinen Blick an deinem dürstend füllen,
Tief mein Haupt in deine Haare hüllen,
Will mit immerwachen jungen Gliedern
Deiner Glieder Regung treu erwidern
Und aus immer neuen Liebesfeuern
Deine Schönheit tausendmal erneuern,
Bis wir ganz gestillt und dankbar beide
Selig wohnen über allem Leide
Bis wir Tag und Nacht und Heut und Gestern
Wunschlos grüßen als geliebte Schwestern,
Bis wir über allem Tun und Handeln
Als Verklärte ganz im Frieden wandeln.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres poèmes de Hermann Hesse sur ce blog :

Hermann Hesse (1877 – 1962) : À la mélancolie / An die Melancholie

Dans le vin, fréquentant des amis, je t’ai fuie
– Je concevais pour tes yeux sombres de l’horreur –,
Dans les bras de l’amour et les accents du luth
Moi ton fils infidèle, je t’ai oubliée.

Tu allais cependant me suivant en silence
Tu étais dans le vin qu’éperdu je buvais,
Étais dans la torpeur de mes nuits amoureuses,
Étais dans les insultes que je te disais.

Tu calmes désormais mes membres épuisés,
Et tu as pris ma tête contre ta poitrine,
Puisque de mes périples je suis revenu :
Toutes mes fausses routes vers toi conduisaient.


Zum Wein, zu Freunden bin ich dir entflohn,
Da mir vor deinem dunklen Auge graute,
In Liebesarmen und beim Klang der Laute
Vergaß ich dich, dein ungetreuer Sohn.

Du aber gingest mir verschwiegen nach
Und warst im Wein, den ich verzweifelt zechte,
Warst in der Schwüle meiner Liebesnächte
Und warest noch im Hohn, den ich dir sprach.

Nun kühlst du die erschöpften Glieder mir
Und hast mein Haupt in deinen Schoß genommen,
Da ich von meinen Fahrten heimgekommen:
Denn all mein Irren war ein Weg zu dir.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres poèmes de Hermann Hesse sur ce blog :

Hermann Hesse (1877 – 1962) : L’Amant / Der Liebende

Ton ami maintenant veille en la nuit clémente,
Encore chaud de toi, encore empli de ton odeur,
De tes regards, de tes cheveux, de tes baisers
– Ô minuit, lune, étoile, et nébulosités bleues !
En toi, ma bien aimée, mon rêve monte
De profondeurs comme de mers, de monts, d’abîmes,
Gicle en déferlements, se disperse en écume,
Et n’est soleil, racine, bête,
Qu’afin de se tenir à tes côtés,
Tout près de toi, à tes côtés.
Saturne et lune tournent loin de mes regards,
Dans la seule fleur pâle je vois ton visage,
Et je ris calme, et je pleure ivre,
Bonheur, malheur, ont disparu
– Que toi, que toi et moi, plongés,
Dans le Tout profond, dans la mer profonde,
Où nous sommes perdus,
Où nous mourons et où nous renaissons.


Nun liegt dein Freund wach in der milden Nacht,
Noch warm von dir, noch voll von deinem Duft,
Von deinem Blick und Haar und Kuss – o Mitternacht,
O Mond und Stern und blaue Nebelluft!
In dich, Geliebte, steigt mein Traum
Tief wie in Meer, Gebirg und Kluft hinein,
Verspritzt in Brandung und verweht zu Schaum,
Ist Sonne, Wurzel, Tier,
Nur um bei dir,
Um nah bei dir zu sein.
Saturn kreist fern und Mond, ich seh sie nicht,
Seh nur in Blumenblässe dein Gesicht,
Und lache still und weine trunken,
Nicht Glück, nicht Leid ist mehr,
Nur du, nur ich und du, versunken
Ins tiefe All, ins tiefe Meer,
Darein sind wir verloren,
Drin sterben wir und werden neugeboren.

(Juillet 1921)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres poèmes de Hermann Hesse sur ce blog :

Hermann Hesse (1877 – 1962) : Près d’une tombe / An einem Grabe

Il aspirait au calme, au silence, à la nuit,
Nous savons seulement qu’il cachait des souffrances,
Qu’il était fatigué. Nous l’avons allongé
Dans sa bière, et porté au lieu de grand silence.

La tombe creuse maintenant l’abrite et garde
Du monde et du temps. Là, l’homme fatigué doit
Oublier ses douleurs et reposer en paix.
Heureux qui s’échappa de cette amère époque !

Nous autres, à un monde et de bruit et de guerre,
À sa peur de la mort, à sa misère amère,
Nous avons encor part, les maux sont notre pain
Jusque pour nous aussi le rêve anxieux se brise.

Alors, croit-on, l’équilibre, le prix, le sens
Du monde se feront de nouveau jour pour nous,
Le portrait de l’humain de nouveau brillera,
Et portera du Père les traits éternels.


Er sehnte sich nach Ruhe, Stille, Nacht,
Wir wissen nur, daß er ein Leid verbarg
Und müde war. Wir haben ihn im Sarg
Gebettet und zum stillsten Ort gebracht.

Ihn birgt und schützt die tiefe Grube nun
Vor Welt und Zeit. Da soll der müde Mann
Sein Weh vergessen und in Frieden ruhn.
Wohl ihm, der dieser bittern Zeit entrann!

Uns andern bleibt vom Lärm und Krieg der Welt
Von ihrer Todesangst und bittern Not
Noch unser Teil, und Leid ist unser Brot
Bis auch für uns der bange Traum zerschellt.

Dann wird, so glauben wir, das Gleichgewicht,
Der Wert und Sinn der Welt uns wieder tagen,
Es wird des Menschen Bildnis wieder licht.
Und wird des Vaters ewige Züge tragen.


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres poèmes de Hermann Hesse sur ce blog :

Hermann Hesse (1877 – 1962) : Nuit blanche / Wache Nacht

Glauque, la nuit de föhn scrute aux carreaux,
La lune dans le bois veut se coucher.
Quoi donc me force, angoissé, tourmenté,
À m’éveiller et regarder dehors ?

Je me suis endormi et j’ai rêvé ;
Qu’est-ce qui donc au milieu de la nuit
M’a appelé, m’angoissant comme si
J’avais manqué ce qui m’eût importé ?

Mieux me vaudrait, courant, fuir la maison,
Le jardin, le village et la contrée,
Quêter l’appel et le mot enchanté,
Aller plus loin – jusqu’à quitter le monde.


Bleich blickt die föhnige Nacht herein,
Der Mond im Wald will untergehn.
Was zwingt mich doch mit banger Pein
Zu wachen und hinauszusehn ?

Ich hab geschlafen und geträumt;
Was hat mir mitten in der Nacht
Gerufen und so bang gemacht,
Als hätt ich Wichtiges versäumt ?

Am liebsten liefe ich vom Haus,
Vom Garten, Dorf und Lande fort
Dem Rufe nach, dem Zauberwort,
Und weiter und zur Welt hinaus.

(1944)


Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

D'autres poèmes de Hermann Hesse sur ce blog :