Cornelio Amalteo (1530-1603) : un mot de remerciement

Au poète Vincentius Gilianus

Vincent, gloire éternelle et lumière pérenne
Du grec et du latin, toi que d’olivier vert
Érato couronna sur les monts d’Hélicon,
Quel merci te donner en retour de tes vers ?
Jamais à nul tendron ne fut ni ne sera
Plus plaisant un joyau que me sont tes poèmes.
Le temps que le printemps choiera les roses pourpres,
Le temps que se plaira l’hiver aux glaces dures,
Je les garderai, oints d’un fin parfum de cèdre
Dans un écrin tout beau fait de bois de cyprès.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Vincenti latiae, atticaeque linguae
Aeternum decus, ac perenne lumen,
Cui crines Erato virenti oliva
Ad colles Heliconios revinxit,
Quas grates tibi pro tuis camenis
Persolvam ? tenerae monile nunquam
Tam gratum fuit, aut erit puellae
Quam mi sunt numeri, tuique cantus.
Dum ver purpureas rosas fovebit
Et duras glacies hiems amabit,
Hos sparsos tenui liquore cedri
Servabo nitidissima in cupresso.

(in Carmina illustrium poetarum italorum [Florence, 1719], page 184)

* * *

Cornelio Amalteo était le cadet de trois frères
qui tous trois se sont illustrés dans le domaine de la poésie néo-latine.
On trouve sur ce blog des 
épigrammes de Girolamo Amalteo (1507 – 1574) :

ainsi que de Giovanni Baptista Amalteo (1525-1573) :

Girolamo Amalteo (1507 – 1574) : trois épigrammes ayant Galla pour sujet

Galla comme figure de la femme inflexible, mais d’une si grande beauté qu’elle transforme en brasier tous ses soupirants. Lieu commun de la poésie baroque de la Renaissance, dont on trouve de nombreuses illustrations : chez Girolamo Angeriano, par exemple et pour ne citer que lui (la farouche se prénommant, dans son Erotopaegnion [1512 ],  Célie / Celia, mais il s’agit du même archétype).

D’où vient le froid ?

En revêtant hier soir ta pelisse de lynx,
Tu croyais échapper, Galla bécasse, au froid.
Las ! Ne te mordent froids d’hiver ni brumes froides :
C’est d’un froid du dedans que ton sang se transit.
Nulle force ne peut rompre la glace interne
Si Vénus ne la rompt de son feu dévorant.

*

Idylle champêtre

De chasse aux lièvres lasse et de la chasse aux fauves,
Galla prend son repos près d’un babil d’eaux fraîches.
Vous autres, chênes verts, tissez-lui l’ombrelette,
Toi, fontaine sacrée, cours à glouglous chantants :
Et que le miel d’Hyblée coule de votre écorce,
Et que coule du lait de ta roche native.

*

Un sablier

Cette poudre qu’on voit scinder le temps sous verre,
Courant et recourant dans l’étrécissement,
Fut Alcippe, jadis : les yeux vus de Galla,
Il prit flamme et soudain par ce feu devint cendre.
Ô cendre sans repos, prouvant qu’à ton instar
Aux amants malheureux il n’est point de repos !

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Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Ad Gallam

Hesterno indueres cum vespere tegmina lyncis,
Credideras amens, Galla, fugasse gelu.
Heu te non hiemis, non brumae frigora laedunt,
Sed tuus interno frigore sanguis hebet.
Nec potis est glaciem vis ulla arcere medullis,
Tam rapido cum non arceat igne Venus.

*

De eadem

Venatu leporum, venatu lassa ferarum
Murmur ad irriguae Galla quiescit aquae.
Texite vos illi virides umbracula quercus,
Tu sacer arguto labere fons strepitu.
Sic iterum Hyblaei vobis e cortice rores :
Sic tibi nativo lac fluat e lapide.

*

De horologio pulvereo

Perspicuus vitro pulvis qui dividit horas,
Dum vagus angustum saepe recurrit iter,
Olim erat Alcippus, qui Gallae ut vidit ocellos
Arsit, et est subito factus ab igne cinis.
Irrequiete cinis, miseros testabere amantes,
More tuo, nulla posse quiete frui.

(in Carmina illustrium poetarum italorum tome I [Florence, 1719] pp. 142 – 144)

* * *

Une autre épigramme de Girolamo Amalteo sur ce blog :

et des épigrammes de son jeune frère Giovanni Baptista Amalteo (1525-1573) :

Girolamo Balbi (1450-1535) : Épigrammes





Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Girolamo Angeriano / Hieronymus Angerianus (1470-1535) : extraits de l’Erotopaegnion (1)

L’Erotopaegnion est un recueil (publié pour la première fois en 1512) composé de quelque 200 épigrammes largement inspirées des auteurs de l’Antiquité grecque et latine. Angeriano y relate les relations (pour le moins compliquées) de la très belle et très cruelle Célie (Celia) et d’un narrateur consumé par une passion hélas mal partagée.  Les topoi s’enchaînent et s’enchevêtrent sous les modalités d’un baroque poussé jusqu’aux extrêmes, reflet de son époque, et qui fonde, dans son exaspération, l’originalité de l’ensemble.


Célie, l’abeille et l’Amour

Célie sommeillait, lasse, au bruit d’une charmante
Fontaine et le terrain brillait de fleurs diverses
Une abeille y butine : autour des lèvres roses
Volant, et repoussée souvent, contre sol tombe,

Se meurt, mais mourant dit : « Quelle fleur dans les champs !
Du fait de cette fleur qu’il m’est doux de mourir ! »
L’Amour, après ces mots, lui fit un tombeau d’herbe,
Et mit sur le tombeau cette courte épitaphe :
« Douceur des lèvres ou du souffle ? on ne sait pas
De quoi l’abeille est morte. » (Elle est morte des deux).


Célie et le peintre

Se voyant peinte nue dans un cadre doré,
Célie se réjouit du tableau qu’elle empaume.
« Peintre, dis-moi », fait-elle, « où donc m’as-tu vue nue,
Où donc ma cuisse blanche et sans défaut ? Dis-moi,
Où mes jambes, mes pieds, ma poitrine et le reste,
Peints avec tant de force et de véracité ?
Le peintre : « Que crois-tu ? M’en a instruit celui
Qui, fidèle amoureux, te voue un cœur sincère. »
Elle : « Mon soupirant, comment m’a-t-il vue nue ?
Car son amour est repoussé de toute part ! »
Le peintre, alors : « Chez lui, douleur, pâleur, ardeur
Montrent le haut degré de ta beauté physique. »
Elle : « Étant si revêche et si donc j’éconduis
Mes poursuivants, pourquoi m’avoir peinte gentille ? »
Le peintre : « Ton visage est empreint d’amour quiet ;
Nul ne voit ce que cache un cœur silencieux.
Veux-tu montrer la cruauté de tes appas ?
Inscris sur tes sourcils ces féroces paroles :
« Va-t’en, passant : plus qu’ourse pleine suis féroce.
Pierre suis : qui me veut rentrera les mains vides. »


Célie et son miroir

À son miroir, Célie se parait. Le miroir
Lui dit : « Plus vif qu’en ton miroir est ton éclat,
Plus belle est la partie que tu négliges, douce
Célie ». « Point ne me sers qu’à me parer, fit-elle.
Tu l’as dit, je suis belle, et belle veux paraître.
Sur terre, quoi de plus charmant qu’un beau visage ? »
Souriant le miroir de dire à l’orgueilleuse :
« Ne crois pas mes propos – te voici bien hautaine ! –,
Foin de ta vanité ! Belle ni sage n’est
Celle qui ne ressent la besogne d’Amour.


Portrait de l’artiste

Pour peindre mon portrait sur un tableau ténu,
Le peintre allait peignant toutes parts de mon corps.
Mais, n’étant que pâleur sur mon visage mort,
On dit dans le public : « Travaille la pâleur ».
Opinant, il peignait de tons pâles la forme
Ténue. « Pourquoi ne peins-tu pas les larmes », fis-je,
« Les flammes, les soupirs ? Pourquoi ne peins-tu pas
Ces plaintes ? Ce sont là les fléaux qui me nuisent. »
Mais lui, me voyant vivre un funeste destin,
Sur un bûcher ardent peignit un corps inerte.


 Célie prenant les eaux

Comme à Baïes – aux bains fameux – la légendaire
Célie plongeait son corps dans l’onde salutaire,
On vit l’eau bouillonner sous des giclées de flammes.
« D’où vient tant de vapeur ? » s’effare le quidam.
« À peine a-t-il, dit-on, vu Célie dénudée,
Que, caché sous ce roc, l’Amour s’est embrasé. »


Envoi de fleurs

Je t’envoie, ma chérie, faite de fleurs diverses
Et que j’ai de mes mains tressée, une couronne :
Ceins-en tes cheveux blonds, et que cernant tes tempes
Elle chatoie ! C’est là l’apport d’un printemps doux :
Voici (regarde donc !) : lis riants, beaux narcisses,
Et, jacinthe, la tienne et belle chevelure,
Et les fleurs maculées par le sang de Vénus,
Et celles dont la terre a tout juste accouché.
« Le sens, demandes-tu, d’un tel don ? » – La couronne
Est verte peu de temps : de même la beauté.


Ces traductions originales, dues à Lionel-Édouard Martin, relèvent du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de les diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


De Caelia, ape et Amore

Lassa quiescebat prope murmura fontis amoeni
Caelia, ubi vario flore nitebat humus.
Mellificans it apes, et, circum roscida labra
Dum volat, in terram, saepe repulsa, cadit.
Iam moritur, sed ait moriens, « flos qualis in arvis
Nascitur! ex flore hoc quam mihi dulce mori! »
Haec ut dixit, Amor tumulum de caespite fecit,
Atque illi tumulo haec carmina pauca dedit:
Ambiguum est, an apes sit dulci mortua labro,
An dulci flatu. mortua utroque fuit.


 De Caelia et pictore

Se nudam aurato dum spectat Caelia panno,
Et picturatum tangere gaudet opus,
« Dic, ubi me, pictor, vidisti corpore nudo? »
Fatur, « ubi candens et sine labe femur?
Dic, ubi crura, pedes, mammas et cetera membra,
Quae tam veridico scripta colore vigent? »
Sic pictor: « dubitas quid nunc? sum doctus ab illo
Qui tuus est vero corde fidelis amans. »
« Quo pacto », illa refert, « me nudam vidit amator?
Illius, ex omni parte, fugatur amor! »
Tunc pictor: « maeror pallorque illius et ardor
Ostendit, quantum sit tua forma decens. »
« Si sum tam taetrica, et qui me sectantur amantes
Expellens, mitis cur ego pingor? » ait.
Cui pictor, « placidum facies tua signat amorem;
Quod latet in tacito pectore nemo videt.
Saevitiam in pulchris si vis ostendere membris,
Pinge superciliis haec fera verba tuis:
I procul hinc, hospes: sum feta saevior ursa.
Sum lapis, et qui me poscit, inanis erit.


De Caelia et speculo

Ante suum ornatur speculum dum Caelia, dixit
Sic speculum: « speculo clarior ipsa tuo,
Quae pars neglegitur, pars illa decentior, alma
Caelia. « non utor te modo ut orner, » ait.
« Sum pulchra, ut dixti; cupio sic pulchra videri.
Quid pulchro in terris gratius ore viget? »
Subrisit speculum, iactanti et talia fatur:
« Ne credas dictis, facta superba, meis,
Nec tibi sic placeas. non est formosa puella
Nec prudens, quae non sentit Amoris opus.


De sua pictura

Pingeret ut tenui in tabula mea corpora pictor,
Coeperat a membris pingere membra meis;
Sed, quoniam absumpto nisi pallor stabat in ore,
E populo unus ait, « sit tibi pallor opus. »
Approbat, et tenuem pallenti chromate formam
Pingebat. « cur non, » dico ego, « pingis aquas?
Cur non et flammas? cur non suspiria? cur non
Hos gemitus? haec sunt quae mihi damna nocent. »
Ille autem, infausto cernens me vivere fato,
Pinxit in ardenti corpus inane rogo.


De Caeliae balneo

Inclita laudatas peteret cum Caelia Baias,
Atque salutiferis membra lavaret aquis :
Vidimus ejectis undantia balnea flammis.
Miramur quid sit tantus, et unde vapor.
Quidam inquit, « simul ac visa est hic Caelia nuda,
Hac cum rupe latens protinus arsit Amor. »
Pinxit in ardenti corpus inane rogo.


Mittit corollam ad amicam

Floribus intextam diversis mitto corollam,
Quam feci manibus nunc tibi, vita, meis,
Ut cingat flavos crines, et tempora circum
Fulgescat. tepidi munera veris habes.
Sunt hic (ecce! vides) ridentia lilia, pulchri
Narcissi, atque tuae pulchrae, hyacinthe, comae
Necnon Idalio maculati sanguine flores,
Atque alii, tellus quos modo feta tulit.
Si quaeris, « donum quid vult sibi tale? » corolla
Ut viret haec parvo tempore, forma viret.


(in Erotopaegnion [1512 ])


D'autres épigrammes d'Angeriano
tirées de l'Erotopaegnion sur ce blog :

Angelo Poliziano (1454 – 1494) : Trois épigrammes

À son amie

Tu séduis, tu bannis ; tu suis, fuis, tendre et dure,
Me veux, ne me veux pas ; me tortures et m’aimes.
Promets – « n’as rien promis », espoir repris, donné.

Je préfère subir, Tantale, ton supplice :
Terrible est d’endurer la soif auprès d’eaux vives,
Mais plus de l’endurer plongé dans le nectar.

*

Sur une horloge, dans une église

Ainsi le temps furtif flue, trompant maintes gens,
Ainsi vient à sa fin tout ce qui est au monde.
Malheur ! – Le temps passé ne s’en retourne pas,
Malheur ! – La mort approche à pas silencieux.

*

Les rêves

Oh, que de joies me donnez-vous, songes spécieux !
– J’envie, Endymion, la roche où tu t’endors.
Si le sommeil n’est qu’effigie de froide mort,
La mort sur toutes joies l’emporte : vie, adieu !

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

In amicam

Allicis, expellis ; sequeris, fugis ; es pia, et es trux :
Me vis, me non vis ; me crucias, et amas.
Promittis, promissa negas, spem mi eripis, et das :
Jamjam ego vel sortem, Tantale, malo tuam.
Durum ferre sitim circum salientibus undis ;
Durius in medio nectare ferre sitim

*

In horologium in aedes Mariae Novellae

Sic fluit occulte, sic multos decipit aetas,
Sic venit ad finem quidquid in orbe manet.
Heu, heu, praeteritum non est revocabile tempus !
Heu propius tacito mors venit ipsa pede !

*

In somnos

O mihi quanta datis fallaces gaudia somni !
Invideo, Endymion, Latmia saxa tibi.
Jam si nil sopor est gelidae nisi mortis imago,
Omnia mors superat gaudia : Vita, vale !

(in Carmina illustrium poetarum italorum tome 7  [Florence, 1720])

D’autres poèmes d’Angelo Poliziano sur ce blog :

Giovanni Matteo Toscano (ca. 1500-1580) : « Du même geste me liant cheveux et cœur »

Avril rendait aux monts leur lustre disparu
Et d’un gazon nouveau parait la terre molle,
Exhalant de son chef couronné ces effluves
Que la tendre Arabie souffle d’un sol fécond.

Cueillant au point du jour violettes et lis
Lycoris les tressait avec des roses pourpres.
« Pour prix de ton fidèle amour, ce me dit-elle,
Je veux ceindre à présent ta tête de ces fleurs. »

Comme émanaient ces mots sur ses lèvres exquises,
Elle coiffa mon front de ce bouquet superbe,
Du même geste me liant cheveux et cœur.

Oh, ne vienne jamais le jour qui m’en délivre !
– Car bien plus que mes yeux l’adorant à jamais,
Je la porte, elle seule, au sein de ma ferveur. »

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Collibus amissos jam ver reparabat honores,
Ornabatque novo gramine molle solum :
Atque coronato spirabat vertice odores,
Quos tener a terra divite mittit Arabs.

Cum nascente die violas in serta Lycoris,
Purpureisque legens lilia juncta rosis,
« Haec, ait, ardoris fuerint tibi praemia fidi,
Hisque tuas jamjam cingimus ecce comas ».

Haec ubi nectareis effudit dicta labellis,
Impediit nostrum flore decente caput.
Quaeque manus crines, eadem mihi corda revinxit,

Nulla precor solvat quae mihi vincla dies.
Illa igitur dilecta meis plus semper ocellis,
Haerebit tepido pectore sola mihi.

(in Carmina illustrium poetarum italorum tomus IX [1722], p. 378 )

NB : Il s’agit d’une des trois « paraphrases » consécutives en latin (par Toscano) du sonnet (en italien) de Francesco Maria Molza, qui commence par ce vers : Dolci, ben nati, amorosetti fiori (Poesie, Societa typografica de’ classici italiani,  Milano, 1808, p. 117)

D’autres poèmes de Giovanni Matteo Toscano sur ce blog :

Poèmes de Francesco Maria Molza sur ce blog :

Giovanni Matteo Toscano (ca. 1500-1580) : Don d’une couronne de fleurs à Naevia / Ad Naeviam

NB : plutôt que de traduire stricto sensu l’original et de le rendre insipide, j’ai préféré tenter de reproduire le jeu sur les mots, tout baroque et éblouissant de virtuosité, auquel Toscano se prête dans cette épigramme.

Que prison des frisons, ce tortis tors se fasse
D’honneur des frondaisons le bonheur de ton front !
Pour payer à son prix cette brassée de fleurs,
Tiens mon col embrassé, fleuris-le de faveurs.
Roses ceignant ton front, rosée teignant mes lèvres,
Tu cueilleras des dons où ton printemps s’empreint.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Serta comas inserta tuas ut, Naevia, comant
Hic, age, frondis honos sit tibi frontis onus.
Floribus implexis ut munera justa rependas,
Floridus amplexus fac mihi colla liget.
Cingens flore comam, tingens mihi rore labella,
Vera metes veris sic bona dona tui.

(in Carmina illustrium poetarum italorum tomus IX [1722], p. 368 )

Francesco Maria Molza (1489 – 1544) : Dernières volontés / Ad sodalem in morbo mortifero

[…] Je ne veux, sur du marbre ouvragé, d’épitaphe :
Qu’on dépose mes os dans une urne d’argile,
Qu’en son sein les accueille une terre paisible
Et les tienne à l’abri des animaux sauvages.
Qu’autour chemine un ru dont les eaux partagées
Bruissent comme en roulant sur une forte pente… […]
Longtemps peut-être après, je deviendrai humus,
L’urne se couvrira de fleuraisons nouvelles ;
Ou mieux : blanc peuplier aux ramures montantes,
Bellement chevelu, je grandirai superbe… […]
Si du fait de vos soins, l’arbre, de mon tombeau
S’élance et déploie haut sa verte chevelure :
L’été, sa ramée pure, autour, fera de l’ombre,
Voilant d’opacité le sol et ses fissures […]

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

[…] Non operosa peto titulos mihi marmora ponant,
Nostra sed accipiat fictilis ossa cadus :
Exceptet gremio quae mox placidissima tellus,
Immites possint ne nocuisse ferae.
Rivulus haec circum dissectus obambulet, unda
Clivoso qualis tramite ducta sonat. […]
Fortisan in putrem longo post tempore glebam
Vertar et haec flores induet urna novos.
Populus aut potius abruptis artubus alba
Formosa exsurgam conspicienda coma. […]
Quod mihi si tumulo vobis curantibus arbor
Ingruat et virides explicet alta comas ;
Quae circum nitidis, aestus dum saevit, obumbret
Frondibus et scissam tegmine opacet humum […]

(in Carmina illustrium poetarum italorum, tomus sextus, 1720, p. 353 [vers 23 – 42])

D’autres poèmes de Francesco Maria Molza sur ce blog :

Francesco Maria Molza (1489 – 1544) : Un grillon en cadeau / gryllus

J’ai enfermé pour toi, Délie, en ce roseau
Un grillon stridulant, garant de mon repos
– Car, lorsqu’à m’endormir ne parvenaient l’Auster
Ni la plainte de l’eau (même plus qu’argent pure),
Répétant le refrain qui lui est ordinaire,
Il a fait plus que vent, plus qu’onde, et leur murmure.
Bientôt, moissons finies, t’offrirai davantage :
De notre amour, c’est un chevreau qui sera gage.

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Argutum inclusi junco tibi, Delia, gryllum,
Cuius saepe mihi munere parta quies.
Nam mihi nec somnum veniens cum duceret Auster,
Argento vel quae purior unda gemit;
Hic veterem instaurans propius de more querelam
Plus venti, et lymphae murmure plus potuit.
Mox etiam majora feres, cum messe peracta
Capreolus nostri pignus amoris erit.

(in Carmina illustrium poetarum italorum [tome 6], 1747, p. 363)

D’autres poèmes de Giovanni Matteo Toscano sur ce blog :

Girolamo Amalteo (1507 – 1574) : les seins de Lycoris

Deux pommes sur son sein d’albâtre a Lycoris
Et sur son sein d’albâtre la même a deux fraises.
Deux pommes ? ses tétons ; deux fraises ? ses tétins,
Pommes primant, de teinte, neige – et fraises, roses.
Amour dit, les tétant : « Foin des seins de ma mère !
De ces seins-là s’écoule un bien plus doux nectar ! »

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Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.

Fert nitido duo poma sinu formosa Lycoris,
illa eadem nitido fert duo fraga sinu.
Sunt mammae duo poma: duo sunt fraga papillae:
poma nives vincent, fraga colore rosas.
Haec Amor exsugens: Valeant, ait, ubera matris;
dulcius his manat nectar ab uberibus.

(in Trium fratrum Amaltheorum Hieronymi, Johannis Baptistae et Cornelii Carmina [1627])

D’autres poèmes de Girolamo Amalteo sur ce blog :